
La sécurité sur un projet de fondations profondes ne se limite pas à un concept abstrait. Elle ne se résume pas à des procédures ou à de la paperasse.
Cette notion est profondément intégrée dans chaque levée, chaque excavation et chaque interaction entre les personnes et l’équipement. Dans ce domaine, bien que les programmes de sécurité continuent d’évoluer, il est essentiel de comprendre que les résultats dépendent de la manière dont les risques sont identifiés, gérés et contrôlés de façon systématique sur le terrain.
Le Conseil canadien de la sécurité dans la construction (CCSC) offre une clarté précieuse à cette réalité grâce à ses Lignes directrices sur les risques critiques, qui identifient treize catégories de travaux présentant le plus grand poten-tiel de blessures graves ou de décès.
Plutôt que d’élargir les systèmes de sécurité, ces lignes directrices recentrent l’attention sur la gestion cohérente des risques les plus significatifs, qu’il s’agisse de perturbations du sol, de levage, d’interactions avec l’équipement mobile ou d’isolement énergétique.

D’un focus général sur la sécurité à un focus sur les risques critiques
Les lignes directrices introduisent une distinction essentielle: tous les dangers n’entraînent pas les mêmes conséquences. Un risque critique est défini comme celui qui « a le potentiel de causer un accident [de blessure grave ou de décès]. » Cette définition recentre l’attention sur le nombre relativement restreint d’activités qui sont à l’origine des résultats les plus graves.
Pour les travaux de fondations profondes, plusieurs de ces catégories sont particulièrement pertinentes:
- Perturbation du sol et excavation
- Levage et gréage
- Travail autour d’équipements mobiles
- Isolement énergétique
- Travail en hauteur
Chacune de ces activités représente une facette routinière de l’exécution des projets et est assortie d’un ensemble de contrôles bien documentés. Cela implique que la réduction des incidents graves dépend moins de l’identification de nouveaux dangers et davantage de la gestion cohérente de ceux déjà connus.

Perturbation du sol: planification sous la surface
Peu d’activités sont aussi centrales aux fondations profondes que la perturbation du sol. Les lignes directrices la définissent comme « tout travail qui entraîne une perturbation de la terre, ou qui entraîne une réduction de la couverture d’installation initiale sur une installation enterrée. » Les risques associés incluent les frappes de services publics, l’instabilité du sol, l’effondrement de tranchées et des conditions inattendues.
- La notification, la localisation et le marquage des services publics souterrains
- L’élaboration d’un plan d’excavation
- L’utilisation de systèmes de protection tels que le talutage, le soutènement ou les caissons de tranchée
- La surveillance continue des conditions changeantes
Elles soulignent également l’importance de l’autorisation et de la vérification avant le début des travaux. Les entrepreneurs doivent s’assurer qu’ils « obtiennent l’autorisation avant d’effectuer des activités d’excavation, de tranchage ou de perturbation du sol. » En pratique, les incidents dans cette catégorie sont souvent liés non pas à un manque de procédures, mais à des informations incomplètes ou à des écarts par rapport aux contrôles prévus une fois le travail entamé.

Équipements mobiles: gérer l’interaction et la visibilité
Travailler autour d’équipements lourds constitue une autre catégorie de risque critique ayant une pertinence directe pour les opérations de pieux. Les lignes directrices la définissent comme « tout travail où une personne pourrait potentiellement être frappée par un équipement mobile ou ses accessoires. »
Les contrôles sont bien établis et comprennent:
- La séparation physique par des barrières et des zones d’exclusion définies
- La communication entre les opérateurs et le personnel au sol
- L’utilisation de systèmes de détection de visibilité et de proximité
- La désignation d’observateurs dédiés lorsque nécessaire
Les lignes directrices renforcent un principe fondamental: « Voir et être vu; maintenir une distance sécuritaire. » Sur des sites complexes où plusieurs équipements fonctionnent simultanément, le maintien de cette séparation nécessite une planification rigoureuse et une application cohérente.

Levage et gréage: contrôler la levée
Les opérations de levage sont essentielles au travail de fondations profondes, que ce soit pour placer des tubes, manipuler des cages de barres d’armature ou déplacer des équipements. Le CCSC identifie cela comme une catégorie de risque critique liée à « tout travail impliquant une opération de levage avec un dispositif de levage. »
Les lignes directrices soulignent l’importance de la planification et de la coordination:
- Établir et revoir les plans de levage
- Inspecter les équipements et le gréage
- Définir des zones d’exclusion
- Maintenir une communication claire entre les membres de l’équipe
Une des mesures de protection les plus fondamentales est « Je ne marche jamais sous une charge suspendue » et « Planifiez les opérations de levage et contrôlez la zone. » Dans de nombreux cas, les incidents se produisent lorsque les levages s’écartent du plan ou lorsque les conditions du site changent sans ajustements correspondants aux contrôles.

Isolement énergétique: vérifier l’absence d’énergie
L’isolement énergétique est souvent moins visible mais tout aussi critique. Il s’applique aux travaux impliquant des systèmes électriques, hydrauliques, mécaniques ou sous pression. Les lignes directrices définissent cette catégorie comme l’exposition à des dangers lors de travaux sur ou à proximité de systèmes sous tension.
Les mesures de protection requises suivent une séquence structurée:
- Identifier toutes les sources d’énergie
- Isoler, verrouiller et étiqueter ces sources
- Vérifier l’absence d’énergie
- Confirmer des conditions sécuritaires avant de rétablir l’énergie
Les lignes directrices suggèrent aux entrepreneurs de « confirmer que les sources d’énergie dangereuses ont été isolées, verrouillées et étiquetées » et de vérifier qu’il n’y a pas d’énergie résiduelle ou stockée sur le chantier. La vérification est une étape cruciale. Sans elle, les mesures d’isolement peuvent donner un faux sentiment de sécurité.
La sécurité sur un projet de fondations profondes ne se limite pas à un concept abstrait.
Travail en hauteur: maintenir des contrôles de base
Le travail en hauteur demeure l’une des sources les plus courantes de blessures graves dans la construction. Les lignes directrices le définissent comme « tout travail où une personne pourrait potentiellement tomber et se blesser gravement. »
Les contrôles sont bien établis et incluent :
- L’utilisation de systèmes de protection contre les chutes
- La sécurisation des outils et des matériaux
- L’établissement de plans de sauvetage
- Le respect des exigences de liaison
Les lignes directrices soulignent l’importance de se protéger contre les chutes lors du travail en hauteur. Bien que ces contrôles soient largement appliqués, le maintien d’une conformité constante demeure un défi, particulièrement dans des environnements de travail dynamiques.
Le rôle des vérifications de départ sécuritaire
Dans toutes les catégories de risque critique, les lignes directrices introduisent les vérifications de départ sécuritaire comme une structure cohérente. Celles-ci ne sont pas destinées à être des étapes administratives, mais des points de vérification pour confirmer que les mesures de protection sont en place avant le début des travaux.
Le document souligne à plusieurs reprises que les travailleurs doivent « confirmer que ces contrôles/mesures de protection sont en place et vérifiés avant de commencer le travail. » Cette approche reflète un changement plus large dans la gestion de la sécurité, passant d’une réaction aux dangers au fur et à mesure qu’ils surgissent, à une garantie que les conditions sont contrôlées à l’avance.

Les lignes directrices renforcent un principe fondamental: « Voir et être vu; maintenir une distance sécuritaire. »
Pour les entrepreneurs en fondations profondes, les lignes directrices du CCSC n’introduisent pas de concepts inconnus. Les risques et les contrôles qu’elles décrivent sont déjà intégrés dans la plupart des programmes de sécurité. En identifiant les activités les plus susceptibles de causer des blessures graves ou des décès, ces lignes directrices fournissent une base pour concentrer les ressources, la supervision et la planification là où cela compte le plus.
Cela peut inclure :
- Renforcer la planification préalable des tâches pour la perturbation du sol et les opérations de levage
- Renforcer les zones d’exclusion et les protocoles de communication autour des équipements
- Standardiser les processus de vérification pour l’isolement énergétique
- Assurer une application cohérente des exigences de protection contre les chutes
Dans chaque cas, l’objectif n’est pas d’élargir les systèmes de sécurité, mais de garantir que les contrôles critiques soient appliqués de manière cohérente.
Une question de cohérence
Le travail du CCSC met en lumière l’écart entre les procédures définies et l’exécution sur le terrain, un problème persistant dans la sécurité de la construction. Les risques sont connus. Les mesures de protection sont documentées. Le défi réside dans l’application fiable de ces mesures de protection, dans des conditions changeantes et sous la pression de la production.
Pour le secteur des fondations profondes, où de nombreuses activités à haut risque sont inhérentes au travail, cette cohérence est essentielle. Car dans ces environnements, les résultats en matière de sécurité ne dépendent que rarement de l’existence d’un risque, mais de la capacité à le contrôler avant le début des travaux.